pratiques sportives. Tradition ancestrale, cet amour des faucons, élevés pour la compétition et pour la chasse dans des régions comme Doukkala ou encore le Souss, existe depuis dix siècles au Maroc. La fauconnerie est certes importée du Moyen Orient, mais au Maroc elle a connu des moments de gloire relatés dans de nombreux livres d’histoire. Jusqu’au début du XXème siècle, la chasse au faucon était une pratique courante au Maroc, avec des saisons ouvertes, des régions bien spécifiques et des écoles d’apprentissage des techniques d’élevage et de prédation. Et c’est pour montrer tout le savoir-faire des Marocains dans ce domaine réservé à une élite dans le monde, les fauconniers marocains ont pris part aux festivités du deuxième Festival international de la fauconnerie qui s’est déroulé du 11 au 17 décembre 2011 à Al Aïn, à Abu Dhabi, aux Émirats Arabes Unis.
C’est simple. Ce n’est pas le sport national au Maroc, mais la fauconnerie a des racines plus vieilles que tous les autres types de
Patrimoine culturel Plus de quarante pays ont participé à cette grande fête qui met en valeur l’art de la chasse dans le désert grâce aux aptitudes extraordinaires d’un volatile d’une rare beauté, une réelle perfection de la nature, appelée faucon. Le Maroc a été représenté donc par l’association marocaine des fauconniers Al Noubala, qui a profité de la manifestation pour déplorer la dépréciation de ce patrimoine ainsi que le manque de soutien, notamment financier, des autorités marocaines. Dans ce sens, le secrétaire général de l’association, Abdelhak Chaouni, a clairement fait entendre la sonnette d’alarme. Pour ce spécialiste, la fauconnerie est en voie de disparition au Maroc.
Cet art d’élever, de dresser et de conduire certains rapaces à la chasse s’est profondément incrusté dans le patrimoine culturel marocain. M. Chaouni s’appuie sur l’histoire pour dresser une chronologie exacte de cette pratique sur le sol marocain, «La tribu des Beni Hilal, qui venait du Moyen Orient, s’est installée au Maghreb et y a introduit la fauconnerie au 12ème siècle». Pour l’un des visages les plus connus de la fauconnerie au Maroc, Ali El Houthi, «Il est incroyable que cet art soit peu connu actuellement alors qu’il s’est effectué jusqu’aux derniers instants de la colonisation.» C’est dire qu’en moins de 60 ans, tout un savoir-faire est tombé en désuétude, faute de transmission.
Car la fauconnerie est un art qui se transmet de père en fils et obéit à des règles de conduite très stricte. Dans l’oubli Autant dire, une ascèse où l’élevage, le dialogue avec le faucon occupe le centre d’intérêt de l’apprenti fauconnier. Et selon, les maîtres de ce sport noble, il faut plusieurs années de pratique, sans relâche, pour maîtriser les différentes subtilités de la chasse et du rapport entre l’homme et son oiseau. Aujourd’hui, malgré le fait que cet art très ancien, qui remonterait à l’antiquité selon les historiens, a été inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO le 16 novembre 2010, au Maroc, aucune action n’a été entreprise pour pérenniser cette autre facette de la diversité culturelle du Royaume. Abdelhak Chaouni donne des exemples éloquents pour illustrer cette perte énorme pour le patrimoine culturel national.
A ce titre, la fauconnerie à cheval, qui est un style très ancien, tend à disparaître aujourd’hui dans le désert, puisqu’on utilise de plus en plus des véhicules motorisés. «A moins que les pays nord-africains prennent des mesures sérieuses pour la préserver, la fauconnerie n’existera plus». L’autre point important qui impacte négativement la fauconnerie, c’est l’exode rural vers les villes ainsi que l’absence d’une solide réglementation sur la chasse des proies. Ces éléments conjugués ont rendu difficile, selon Chaouni, l’exercice de la fauconnerie. Aujourd’hui, en fin 2011, le constat est amer. Seuls 40 à 50 fauconniers adhèrent aux deux seules organisations existant au Maroc. Sport des princes Pour M. Chaouni, seul un plan actif pour la préservation ainsi que la promotion de la fauconnerie dans tout le pays est à même de redonner vie à cette pratique.
Cela passe par l’organisation de rencontres et de débats, des cycles de formation, une information et une sensibilisation accrues pour rapprocher cet art des amateurs et lui permettre plus de visibilité et de rayonnement sur l’ensemble du territoire national. Plusieurs fauconniers marocains n’hésitent pas à affirmer qu’il suffit de très peu pour que ce sport noble, nommé le sport des princes en Arabie, puisse retrouver ses lettres de noblesse. A l’instar de ce qui se fait aux Émirats Arabes Unis, le gouvernement marocain, le ministère de la Culture et les départements touchés comme le Sport et les Eaux et forets, peuvent conjointement lancer des festivals, des concours, créer des écoles, ouvrir des pacs réservés à la chasse au faucon et, surtout, protéger cet animal qui, luimême, est en voie de disparition dans notre pays.
Maroc Hebdo International


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